Journal de bord semaine 3 - Du lundi 18 au dimanche 24 octobre

Dernière mise à jour : nov. 26

Lundi 18 octobre - Direction l’archipel du Cap Vert



Nous avons quitté l’archipel des Canaries et mettons maintenant le cap sur celui du Cap Vert, au large du Sénégal. La température de l’air et de l’eau grimpent doucement, ce qui permet de profiter d’après-midis très agréables sur le pont, à l’ombre des voiles. Lecture, écriture, révisions, tissage de bracelets brésiliens ; les activités ne manquent pas pour faire suite aux matinées consacrées aux prélèvements. Nous sommes à nouveau au large, mais parfois un oiseau venu de la côte se met à suivre le bateau. Sur le moment, nous nous réjouissons de voguer à ses côtés, mais il faut comprendre que plus le bateau poursuit sa route, plus l’oiseau aura du mal à faire demi-tour et rejoindre la terre ferme. Certains, exténués, se posent sur le pont pour reprendre des forces. Lana leur prépare un peu d’eau pour leur permettre de se désaltérer avant de reprendre leur envol.


Mardi 19 octobre


Nous arrivons au large de la première île du Cap Vert dans l’après-midi, l’Ilha Boa Vista, connue pour ses longues plages de sable et ses dunes. Malheureusement on ne voit aucune terre à l’horizon, car une brume de chaleur s’est abattue sur l’eau et empêche d’avoir une bonne visibilité au loin. Nous espérions avoir un peu de connexion 4G pour envoyer quelques photos et vidéos, mais ce n’est pas le cas, l’île est trop sauvage.

Le prélèvement scientifique du jour a été reporté dans l’après-midi car il y a trop de houle, ce qui fait tanguer le bateau en particulier lorsqu’il est à l’arrêt pour les expériences. Or il n’est pas facile de porter une Go-flo qui pèse une vingtaine de kilos lorsqu’elle est remplie d’eau sur le pont avec le roulis ! D’autant que celui qui la porte ne doit s’agripper à aucun élément métallique sur le bateau, au risque de contaminer la Go-flo avec du métal, ce qui perturberait gravement les échantillons de Clément. Nous en profitons donc pour avancer sur nos travaux de recherche et la lecture d'articles scientifiques. Séance de travail dans le carré:



Chaque jour, une personne dans l’équipe participe aux tâches d’entretien du bateau. Mardi après-midi, Clément a donc nettoyé le cockpit à grand renfort d’eau de mer. Cheveux, miettes, écailles de poissons, … Il y a de quoi frotter !


Mercredi 20 octobre


Toujours au large du Cap Vert. Nous passons au large d’îles un peu plus peuplées mais cette fois-ci, le problème ne vient pas tant de la connexion internet que de la consommation électrique pour envoyer quelques données alors que les batteries sont presque vides. Les appareils scientifiques sont plus gourmands que prévu en énergie et commencent à menacer l’autonomie du parc de batteries, qui n’arrive pas à se recharger malgré plusieurs heures de moteur et de génératrice. Il va falloir réfléchir à réviser une partie des protocoles scientifiques pour être sûr de conserver de l’électricité à bord sans utiliser trop de gasoil avec le groupe électrogène.



Jeudi 21 octobre


La décision est prise un peu brusquement dans la matinée : on coupe le surgélateur -80°C de Baptiste au moins temporairement car il tournait en permanence et avait beaucoup de fuites thermiques. Il faut repenser certains protocoles, débutent ainsi les échanges avec les chercheurs qui encadrent le projet de microbiologie. La bonne nouvelle c’est qu’une fois le surgélateur coupé, la consommation électrique redevient maîtrisable. Comme le vent n’est pas au rendez-vous en ce moment, faire tourner le moteur permet de recharger le parc de batteries de La Louise en plus du soleil qui alimente grandement les panneaux photovoltaïques.

On ne prélève pas ce jour-ci en attendant de retrouver des réserves d’énergie suffisantes pour nos appareils, et on commence à accuser le coup de la chaleur. Les nuits deviennent difficiles parce qu’il fait moite. Veiller en quart devient un plaisir car cela permet de profiter de l’air frais sur le pont, et de sortir de la chaleur des cabines. La température de l’eau passe à 28 puis 29°C ; elle va dépasser les 30°C avant la fin de la semaine. La meule de Comté stockée dans la cale du bateau apprécie moyennement, c’est pourquoi Thierry en stocke une partie au frigo.

Un double spectacle vient enchanter notre après-midi. Margot et Clément aperçoivent un requin alors qu’ils sont en pleine séance d’espagnol sur le pont. Ils distinguent clairement son aileron au-dessus de la surface et sa silhouette qui se dessine dans l’eau. Le requin rôde un temps près de la ligne de pêche installée par Dédé avant de s’éloigner. Un peu plus tard, c’est l’équipe au grand complet qui a la chance de voir un rorqual commun près du bateau. Tout le monde se précipite pour admirer le cétacé cracher à la surface de part et d’autre du pont. Une belle surprise qui ravit particulièrement Lana et Baptiste, les biologistes de l’équipe !


Vendredi 22 octobre


Nous repensons les protocoles pour qu’ils consomment moins. Nous organisons une grande séance de travail à plusieurs pour essayer de faire pareil avec moins d’énergie : nous décidons de tester un nouvel enchaînement de prélèvements pour réduire le temps pendant lequel les différents appareils électriques tournent. Cela permettra de plus de permettre à Clément de passer moins de temps enfermé dans sa bulle à l’intérieur de laquelle il fait très chaud, encore plus dans sa combinaison intégrale de biogéochimie des métaux traces.



Samedi 23 octobre


Nous arrivons dans la ZCIT (zone de convergence inter-tropicale):, le vent diminue et devient instable, il y a de plus en plus de nuages, le pont est brûlant lorsqu’il est au soleil mais se retrouve un peu plus souvent à l’ombre. Les batteries sont en meilleur état, nous avons pu produire de l’eau douce pour prendre des douches.


Le grand succès de ce samedi reste tout de même notre première prise en mer : une belle daurade Coryphène d’à vue de nez trois bons kilos. Dédé, marin pêcheur confirmé et second à bord, faisait traîner des lignes depuis un certain temps mais les poissons qui mordaient à l’hameçon étaient trop gros et emportaient avec eux hameçon, leurre et ligne. Depuis, on se régale de cette daurade cuisinée de plein de façons différentes et qui nous tiendra plusieurs jours. Au moment d’être pêchée, elle venait de manger un poisson volant qu’on a retrouvé dans son estomac !


Dimanche 24 octobre


Apéro dans le cockpit pour finir cette semaine chaude (il fait même trop chaud pour déjeuner sur le pont aujourd’hui).

Nous reprenons les prélèvements une dernière fois avec l’ancien protocole : l’astuce pour réduire le temps est que Clément prépare une partie des filtres de la veille pour le lendemain et n’ait alors plus autant besoin de la hotte. On testera la mise en place du nouveau protocole la semaine prochaine.

Nous entrons enfin dans le « pot au noir » (le nom vient du passé colonial et du commerce triangulaire : les esclaves parqués à bord des navires négriers souffraient dans cette zone de faim, de soif, de maladie alors que les bateaux qui les emmenaient vers les Amériques se retrouvaient bloqués faute de vent ; un certain nombre d’entre eux périssaient et étaient passés par-dessus bord).

Nous essuyons des premières petites averses dans l’après-midi alors que nous continuons notre navigation au moteur avec une petite aide du vent qui nous arrive presque de face : on dit qu’on navigue au près serré.


Margot et Clément


Toute l’équipe vous souhaite de bonnes vacances !




[Devinette de la semaine]


Cette semaine, les membres de l'expédition ont rencontré des sargasses, dont il faut se méfier lorsque l'on navigue. A votre avis, que sont des sargasses ?



Réponse de la devinette de la semaine dernière :

Il s'agissait du bruit d'un winch, une manivelle placée sur le pont du voilier. Elle sert à manipuler (tirer et enrouler) les boutes qui sont des cordages tenant les voiles par exemple.



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