Journal de bord semaine 17 - Du lundi 24 janvier au dimanche 30 janvier

Dernière mise à jour : 12 févr.

Lundi 24 janvier


La semaine commence avec une nouvelle mission de déneigement en vue. Après avoir aidé à dégager la façade principale de la base, il faut désormais pelleter plusieurs dizaines de mètres cubes de neige le long d’un chemin qui sépare les bâtiments d’un petit ponton où s’amarrent les zodiacs. L’équipe technique doit effectuer des travaux qui nécessitent de percer la roche. Or celle-ci se trouve encore sous 2 à 3 mètres de neige par endroits ! Toute l’équipe de la base contribue au déneigement à tour de rôle. Un excellent moyen pour se réchauffer et faire un peu d’exercice !

Aujourd’hui c’est Yan, avec qui Margot et Niels partagent le même bureau, qui est de veille de jour sur la base. Cela signifie qu’il doit effectuer une ronde sur l’ensemble de la base toutes les 2 heures pour vérifier qu’il n’y a aucun problème technique. Margot l’accompagne dans sa tournée d’inspection : chaudière, dessalinisateur, chambres froides, générateurs, chaque machine est contrôlée afin de détecter une panne potentielle. Il y a par exemple trois générateurs à Vernadsky, qui fonctionnent à tour de rôle. Ainsi si jamais un problème survient sur l’un d’entre eux, un autre est immédiatement déclenché.

Durant la nuit Niels se lève à 3h du matin, pas pour aller collecter des précipitations cette fois-ci, mais pour observer un spectacle des plus saisissants : le plongeon groupé de plusieurs dizaines de manchots qui partent se nourrir de krill dans l’océan, qui se trouve à plusieurs kilomètres de la station. Ils reviennent sur le rivage au matin, après plusieurs heures à nager dans une mer à 0°C. Toujours en groupe, c’est alors une armée de manchots qui remonte lentement jusqu’à leurs nids, où ils vont notamment nourrir leurs petits. Ça valait le coup de se réveiller en pleine nuit pour voir ça !

Mardi 25 janvier


Pour la première fois depuis plusieurs semaines, la mer est suffisamment dégagée pour pouvoir circuler en zodiac autour des îles voisines de la base Vernadsky sans être bloqué par les glaces. Les scientifiques en profitent donc pour sortir faire des prélèvements avec les zodiacs de la station. Margot accompagne ainsi deux équipes tout au long de la journée. Le matin, Oksana et Vadym se rendent sur Yalour island afin de compter le nombre de manchots de la colonie qui s’y trouve. Le bateau avance lentement pour se frayer un chemin entre les icebergs encore nombreux sur le chemin.





Après les avoir déposés, Margot rentre en compagnie d’Oleksandr, l’un des deux mécaniciens de la base qui pilote également les annexes. Pour mettre le bateau à l’eau, il utilise un bras articulé qui soulève l’annexe depuis le ponton et la pose contre le rivage.



L’après-midi c’est autour d’Anton, un autre biologiste, de partir à son tour sur plusieurs îles pour vérifier le fonctionnement d’appareils de mesure qui ont été déposés il y a un an par l’équipe précédente. Il s’agit de loggers qui captent la température et la luminosité au niveau du sol, dans le cadre d’un programme d’étude de la biodiversité locale. Anton dispose des coordonnées GPS des appareils disséminés sur les îles tout autour de la base, aux noms parfois insolites : Indicator island, Grotto island, Black island et même un trio d’îles baptisées les trois petits cochons ! Retrouver les loggers (qui ne mesurent que quelques centimètres) posés au creux des rochers prend à chaque fois l’allure d’une chasse au trésor, d’autant que les coordonnées GPS ne sont pas toujours fiables et que les îles sont encore partiellement recouvertes de neige ! Mais c’est l’occasion d’arpenter les moindres recoins de ces îlots et de découvrir l’abondance de mousses qui poussent dans ces conditions climatiques extrêmes. Le zodiac longe également des icebergs monumentaux aux formes incroyables, l’un creusé en son centre comme une arche, un autre taillé comme une pyramide ! Une magnifique sortie qui s’achève sous un soleil radieux.



Mercredi 26 janvier


Pour compléter ses observations, Margot interroge également les scientifiques de la base afin qu’ils lui expliquent en détail leurs activités. Après avoir suivi Anton sur le terrain la veille, elle a rendez-vous avec lui en début d’après-midi dans son laboratoire. Anton est cryobiologiste, c’est-à-dire qu’il étudie les effets des basses températures sur les organismes vivants, en particulier les poissons qui sont sa spécialité. Mais dans le cadre de son année passée à Vernadsky, il a également beaucoup d’autres missions à effectuer : collecter du phytoplancton et des bactéries grâce à des prélèvements d’eau de mer (comme ce que fait Baptiste), compter régulièrement les populations d’oiseaux sur l’île, en particulier les manchots, étudier les parasites qui se déposent dans les organismes des poissons ou encore récolter les algues qui se déposent parfois dans la neige. Les échantillons collectés seront ensuite envoyés jusqu’en Ukraine et analysés par d’autres chercheurs. La base Vernadsky ne permet pas en effet d’accueillir plus d’une douzaine de personnes en hiver, or il y a beaucoup de programmes scientifiques à mener sur la station. Ainsi chaque hivernant se voit confier les protocoles de plusieurs chercheurs qui travaillent dans la même discipline que lui.

En soirée Niels accompagne Vadym afin de recenser les plantes vasculaires autour de la base. Contrairement aux mousses, les plantes vasculaires possèdent des racines, et des vaisseaux conducteurs qui assurent la circulation de la sève, comme l’herbe par exemple. Mais le comptage est rendu difficile par la neige, qui s’est remise à tomber et masque une partie des plantes. Il faut reporter ce travail à une autre fois.

Jeudi 27 janvier


Ce matin Margot accompagne Niels pour son prélèvement de neige quotidien près du sommet de l’île. L’objectif est qu’elle apprenne à effectuer le protocole elle-même pour pouvoir aller prélever à sa place certains matins. Lorsqu’il neige ou qu’il pleut, Niels doit en effet se réveiller toutes les 3h durant la nuit afin de collecter des précipitations. Si l’épisode se poursuit durant plusieurs jours, la fatigue finit par s’accumuler et chaque heure de sommeil devient précieuse ! Aussi Margot va-t-elle le remplacer de temps en temps à l’avenir.

Deux nouveaux scientifiques ukrainiens arrivent sur la base en fin de matinée : Ivan qui dirige le département de biologie de l’institut polaire ukrainien, et Andrii qui travaille sur le phytoplancton. Tous deux sont déposés par un voilier bien connu de la base : Selma. Il effectue des rotations régulières depuis une quinzaine d’années à Vernadsky et transporte régulièrement des scientifiques à son bord.

L’après-midi Margot a rendez-vous avec les deux météorologues de la station, Oleksandr et Oleksandr. Elle leur pose de nombreuses questions sur le fonctionnement des appareils de mesure sur la base afin de mieux comprendre comment sont produites les données qui sont ensuite utilisées par les scientifiques : évolution de la température, intensité des radiations solaires, variations du niveau de la mer, … Certaines séries de données remontent aux années 1940 ! L’étude des données de Vernadsky permet donc de travailler des périodes temporelles conséquentes, et d’observer ainsi des évolutions de long terme.

Pendant ce temps, Niels finalise un de ses projets de modélisation autour des températures extrêmes en Antarctique. Pour étudier les données climatiques collectées sur le long terme, il est nécessaire d’effectuer un traitement par ordinateur. Niels travaille donc sur un code pour finaliser cette étude. Un travail sur ordinateur bien plus facile à effectuer sur la base que sur le bateau, où l’énergie était limitée.

Vendredi 28 janvier


Aujourd’hui est un nouveau jour de sortie pour l’équipe de la base. Tandis que les scientifiques partent pour la journée pour observer des baleines et effectuer des prélèvements d’eau, Niels embarque avec Anton, Oleksandr et Anatolii qui doivent se rendre à Petermann island. Le trajet est rendu particulièrement difficile par la glace de mer, encore très dense. L’équipe met plus de de 2h30 à atteindre l’île, qui nécessite d’habitude seulement 30 minutes de navigation en zodiac ! Mais l’excursion sur l’île est à la hauteur des efforts déployés pour arriver jusqu’à Petermann. Lana, Olivier, Baptiste et Clément s’étaient déjà rendus sur cette même île il y a quelques semaines afin d’étudier la colonie de manchots qui s’y trouve. Un joli clin d’œil à l’équipe !




Margot reste quant à elle sur la base pour un tour de l’ensemble des installations météo et hydrologiques de la base en compagnie de l’un des deux Oleksandr. Certains appareils datent de l’époque où la base était britannique et s’appelait encore Faraday, d’autres ont été installés par les Ukrainiens. La station météorologique de Vernadsky est équipée de nombreux capteurs qui permettent de mesurer un grand nombre de paramètres : température, pression de l’air, humidité, vitesse et direction du vent ou encore visibilité. Les données sont enregistrées automatiquement sur un ordinateur de la base ; toutes les 3h, Oleksandr les envoie à l’institut polaire ukrainien ainsi qu’à plusieurs organisations scientifiques internationales afin qu’elles contribuent à alimenter les bases de données existantes.

Ce même jour, nous apprenons que le brise-glace ukrainien Noosphere quitte le port d’Odessa avec à son bord plusieurs tonnes de vivres et de matériel. Il devrait arriver à Vernadsky d’ici 2 mois pour récupérer l’équipe actuellement sur place, et acheminer l’ensemble de l’équipement nécessaire à un nouvel hivernage.

Le soir toute l’équipe sur la base se retrouve à minuit pile dans le bar Faraday pour souhaiter un joyeux anniversaire à l’un des deux météorologues. Cela fait partie des traditions à Vernadsky : une petite collation est préparée et chacun adresse quelques mots à Oleksandr. Une fête plus importante sera organisée le lendemain. Il va falloir être en forme !

Samedi 29 janvier


Après une journée partagée entre prélèvements, lectures bibliographiques et séance de déneigement, tout le monde se met sur son 31 pour la traditionnelle soirée hebdomadaire. Celle d’aujourd’hui est d’autant plus importante qu’il s’agit de l’anniversaire d’Oleksandr. Tout au long du dîner, délicieux comme à chaque fois, chacun offre des cadeaux plus ou moins sérieux et prononce un petit discours. A chaque anniversaire, l’équipe de biologistes met un point d’honneur à fabriquer un cadeau aussi encombrant qu’inutile. Cette fois-ci ils ont improvisé un énorme ballon-sonde (utilisé par les météorologues afin d’effectuer des mesures atmosphériques) à l’aide d’un ballon de fitness et de pas mal d’imagination ! Le résultat fait rire toute l’assemblée.

Après le dîner, nous dégustons le gâteau d’anniversaire préparé par Artem le cuisinier au bar entre danse, parties de billard et concert de guitare. L’ambiance est au rendez-vous et Bogdyn, en tant que commandant de la base, autorise exceptionnellement à continuer la fête jusqu’à 1h du matin au milieu de minuit. Nous voyons ainsi la nuit tomber à Vernadsky et la lune se lever, un phénomène que nous n’avions plus observé depuis plus d’un mois ! Mais dès 3h du matin le soleil se lève à nouveau. L’hiver austral, ce n’est pas encore pour tout de suite.

Dimanche 30 janvier


Nous profitons du temps clément de ce jour pour partir en excursion durant l’après-midi avec plusieurs membres de la base. Nous nous rendons sur l’île Winter, voisine de Galindez, où se trouve un ancien refuge construit par les Britanniques avant la base Vernadsky. La « Wordie House » date de 1947 et a été érigée à l’emplacement même d’un premier bâtiment remontant aux années 1930. Si cette maison n’est plus utilisée depuis la construction de la station dans les années 1950, elle a été conservée en l’état comme témoignage de la vie en Antarctique au temps des premiers aventuriers polaires. A l’intérieur on y trouve encore d’anciennes machines à écrire, un poste radio, de la vaisselle et même des boîtes de conserve ! Mieux vaut ne pas essayer de les consommer… Nous remarquons dans la cuisine un ancien livre de recettes polaires avec différentes manières de cuisiner le phoque, ou même le manchot. Sur le papier, les plats ont l’air appétissant ! Les conditions d’hivernage étaient alors autrement plus rudes : la maison pouvait accueillir 8 personnes qui dormaient toutes dans la salle commune, la seule pièce chauffée de la maison !



Nous repartons de la Wordie House heureux de pouvoir profiter du confort d’une station moderne. Sur le chemin du retour nous apercevons un bateau français, Caval’ou, qui vient se mettre au mouillage près de la base. Après le dîner nous allons à leur rencontre mais, protocole sanitaire oblige, ils ne peuvent pas pénétrer dans la base. Nous restons donc à discuter à distance dehors avec des masques. Ça fait plaisir de pouvoir échanger des nouvelles en français ! Nous allons nous coucher alors que la nuit tombe lentement sur la base.


Margot



 

[Devinette de la semaine]


Les devinettes vous avaient manqué ? En voici une fraîchement arrivée d'Antarctique, qui a l'allure d'une véritable énigme:


Margot a pris cette photo au sommet d’une petite île (vous voyez là, à l'endroit de la flèche). A votre avis, comment tous ces coquillages sont-ils arrivés jusque-là ?









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