Journal de bord semaine 6 - Du lundi 8 novembre au dimanche 14 novembre

Lundi 8 novembre


Nous arrivons dans une dépression. La mer était calme jusqu’ici mais la houle se lève avec les vents qui s’enroulent autour du centre de la dépression. Nous continuons à travailler dans le carré mais cela devient trop compliqué de faire des prélèvements. Un essai a tout de même été effectué avec le filet microplastiques ce matin. Le prélèvement est réussi cependant nous avons du mal à ralentir suffisamment le bateau à cause du vent et des vagues qui nous font accélérer lorsqu’on les descend. Nous rangeons donc le filet jusqu’à nouvel ordre pour ne pas risquer de le déchirer.


Côté nature, nous apercevons nos premiers albatros (le Grand Sud approche!). Leurs grandes ailes frôlent la surface de l’eau. Cela a un côté très poétique et nous fait penser à un célèbre poème de Charles Baudelaire, L’Albatros, qui commence comme ça:


"Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers."




Mardi 9 novembre


Nous sommes dans la bordure nord-est de la dépression et progressons plein Sud portés par des vents de plus en plus forts. La mer se forme progressivement, avec des creux de 3 à 4 mètres. La houle est désorganisée: les vagues ont été formées par les différents vents des dernières dépressions passées dans la zone (pour former cette houle, le vent a donc soufflé dans à peu près toutes les directions). La proue du bateau s’abat lourdement sur la quasi-totalité des vagues faisant vibrer la structure de notre embarcation. Le carré devient moins praticable: il y a de la gîte, le bateau s’incline, et de l’eau passe de temps en temps par la claire-voie (la vitre du plafond permettant de faire entrer la lumière et d’aérer lorsqu’on l’entrouvre).

Il devient difficile de cuisiner de façon élaborée: nous avons tout de même le plaisir d’avoir de la polenta améliorée avec oignons revenus, crème et épices au repas.


Mercredi 10 novembre

Exemple de dépression au-dessus de l'Islande

Nous sommes aujourd’hui au au cœur de la dépression. Conséquence directe : il n’y a plus de vent. Ce n’est pas une si bonne nouvelle car nous n’avançons plus à la voile, il faut donc allumer le moteur mais la navigation est alors moins stable. Qui plus est, la houle est toujours bien présente. On se fait balloter et les vagues continuent de venir tremper le pont.

Il n’est toujours pas possible d’aller faire la réparation de la Go-flo dans ces conditions. Le carré n’étant plus praticable, nous dînons dans le cockpit, dans le froid et l’humidité, avec un bol de soupe chaude avant d’aller essayer de dormir malgré le bruit des vagues et l'amorce d'une nouvelle tempête. Nous restons un peu sur notre faim mais nous essayons de compléter le repas à l’aide de barres énergétiques.


Jeudi 11 novembre


Le vent se lève à nouveau, nous nous remettons à giter. Les rafales atteignent les 40 nœuds (74 km/h). Nous occupons nos journées tant bien que mal par ces conditions en tenant compagnie à nos marins dans le cockpit. C’est l’occasion de respirer un peu d’air frais. La température est bien descendue depuis quelques jours, dans l’air comme dans l’eau. Nous déjeunons et nous dînons encore une fois dans le cockpit : bol de pâtes au bouillon le midi, semoule et olives le soir. Tout le monde a hâte que la mer se calme pour que le capitaine puisse de nouveau passer du temps au fourneau sans danger !


Vendredi 12 novembre



Balise de l'expédition - par Argonautica (http://argonautica.jason.oceanobs.com/html/argonautica/affiche_donnees_fr.html?id=juste2degres)

Ça y est, nous commençons à nous éloigner de la dépression, le temps devient meilleur et le moral des troupes va mieux. Nous remettons le cap vers l’Ouest pour éviter de se retrouver piégés dans les masses d’eau froide remontant du sud. Nous passons très au large de Buenos Aires et nous nous dirigeons désormais vers Montevideo. Ce sera le premier trait de côte que nous pourrons apercevoir depuis notre passage aux Canaries il y a un mois.

Nous séchons les banquettes humides et nous réinvestissons enfin le carré pour le dîner lors duquel nous savourons un riz pilaf à la crème suivi d’une part de cake au miel breton, aux poires et aux noix tout juste sorti du four. Après des nuits agitées, la fatigue s’est accumulée. Nous accueillons à bras ouverts la météo et la mer qui se calment, nous permettant de profiter d’une nuit réparatrice.



Samedi 13 novembre


Le vent se calme enfin, la houle aussi, nous jubilons (l’équipage un peu moins : ça souffle faiblement et dans des directions variables demandant de passer pas mal de temps à la barre pour faire des réglages de voiles et remettre le bateau dans la bonne direction). La cerise sur le gâteau : il fait très beau et l’air frais revigore, il fait 10°C sur le pont! Nous sommes dans un anticyclone (une zone de hautes pression au niveau du sol caractérisée généralement par du beau temps). Nous apercevons des stratocumulus (de petits cumulus comme des moutons se trouvant dans le niveau inférieur de l’atmosphère). Nous pouvons réinvestir le pont pour y profiter des rayons de soleil et y faire sécher les affaires qui ont été mouillées les jours précédents (la banquette du carré, des draps, des serviettes, du linge, …). Nous profitons d’un vent mou (lorsque ça souffle très peu) pour faire un grand ménage, aérer le bateau et mettre le filet microplastiques à l’eau. La Go-flo, quant à elle, n’est toujours pas réparée. Le repas du soir se met en route dès la fin d’après-midi avec Olivier qui lave les pommes de terre pendant que le capitaine se lance dans un curry de Julienne. Un festin !


Dimanche 14 novembre


Dans la nuit, nous avons changé le planning de notre organisation à bord pour tenir compte de notre décalage vers le Sud-Ouest : les jours s’allongent. Nous avons aussi passé les 40° Sud: c’est symbolique, nous entrons dans la zone des quarantièmes rugissants. L’occasion de trinquer pendant l’apéro à cette étape passée sous le soleil. La température de l’eau qui s’était stabilisée autour des 17°C chute sous les 13°C. Le soleil s’efface vite dans l’après-midi alors que le vent forcit (on est sur une moyenne de 25-30 nœuds avec des pics à 40). La misaine (une des voiles du bateau) qui commençait à prendre de l’âge s’est déchirée sous une rafale. Atelier reprisage sur le pont pour lui mettre une rustine, réparer temporairement la déchirure avant de la recoudre à terre. En attendant que le collage sèche, nous mettons le petit phoque sur le mât de misaine (c’est original mais ça fonctionne très bien). Nous continuons notre navigation à très bon rythme dans l'après-midi (entre 9 et 12 nœuds). La houle se forme à nouveau mais nous sommes mieux orientés que les jours précédents donc nous ne tapons plus sur les vagues. En revanche, la voilure a du mal à suivre les caprices du vent en fin de journée. Après un accident en cuisine, il est décidé de réduire la voilure pour la nuit, ce qui nécessite plusieurs heures de manœuvre.


[Devinette de la semaine]

Quelle partie du bateau peut bien faire ce bruit ?


Réponse à la devinette de la semaine dernière :

Il s'agissait d'un super porte filtre ! Baptiste s'en sert pour déposer des filtres avec des pores de 3µm. Ces filtres retiennent les micro-organismes présents dans l'eau de mer circulant dans les tuyaux qu'on voit sur la photo. D'abord, l'eau de mer préfiltrée sur le pont par un petit filtre avec des pores de 200µm est stockée dans un bidon. Puis, elle est amenée dans le laboratoire et l'eau de mer est mise en contact avec le système de filtration. L'eau circule, poussée par la pompe, depuis le haut vers le bas du porte filtre. Le porte filtre se dévisse pour qu'on puisse y déposer les filtres et les récupérer après la filtration.


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